"Entre les hommes, il n'existe que deux relations : la logique ou la guerre"

Paul Valéry - "Monsieur Teste"

Sac et ressac, sur quelle nouvelle vague géopolitique surfons-nous ?

Cet article a été publié sur Medium.

Le 9 mars 2000, le Président américain, Bill Clinton, prononçait un vibrant plaidoyer pour l’adhésion de la Chine au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Une grande partie des arguments avancés pour engager la Chine dans la mondialisation se sont avérés faux*. Mais à l’époque, l’idée d’amener la Chine à embrasser la mondialisation par le libre-échange faisait consensus. Depuis, cette grande convergence imaginée a fait long feu. Dans l’après-Trump et le presque après-Covid-19, une autre idée dominante s’installe : le découplage des économies et des « systèmes » semble inexorable. Avec lui, une Amérique retrouvée autour d’un autre président démocrate, Joe Biden, promeut pour endiguer la Chine une vaste idée de manoeuvre à l’opposé de la précédente et aux relents, pour certains, de nouvelle confrontation entre blocs. Les Chinois l’ont immédiatement désignée comme telle : l’initiative américaine, dite QUAD (pour désigner un quatuor formé avec l’Australie, le Japon, et l’Inde) est qualifiée « d’OTAN asiatique » par Pékin.

Les 20 années qui ont transformé le monde

Après avoir embarqué le monde et l’Europe dans la mondialisation sous les sirènes de l’engagement avec la Chine, les Etats-Unis proposent donc une nouvelle mission pour contrer la Chine cette fois-ci, et recrute déjà de nouveaux coalisés au nom de la démocratie et des valeurs partagées.

Mais Nul ne sait si le trumpisme ne reviendra pas en 2024, où dès 2022 lors des élections de mi-mandat, et si la démocratie américaine résistera une fois encore à ses coups de boutoir. Cette dernière a d’ores-et-déjà quitté une partie du GOP (Good Old Party – le parti Républicain). De plus, les Etats-Unis et d’autres démocraties dites libérales ont peut-être perdu leur monopole de définir qui est démocratique et qui ne l’est pas. Comme le dit le politologue européen Ivan Krastev**, de nouveaux leaders (Inde, Turquie, Hongrie) « vont et viennent entre démocratie et autoritarisme aussi fréquemment que les trafiquants franchissent les frontières des Etats ». Ne faudrait-il pas mieux, selon lui, opérer un autre découplage en scindant notre effort : contrer la Chine dans ce qu’elle a d’inacceptable d’une part et œuvrer à réaffirmer la démocratie de l’autre ?

Les Etats-Unis et la dernière croisade

En emboitant le pas d’une Amérique en proie au doute, l’Europe s’attellerait à un équipage improbable où coexisteraient, sous bannière unique, pirates et corsaires. N’a-t-elle pas déjà signifié que son combat est de restaurer la règle de droit et l’économie de marché ? L’Europe cherche l’exemplarité, non le leadership.

Mais à force de se regarder entre soi, on ne perçoit plus l’autre. Une lame de fond, plus profonde qu’un regain démocratique de l’Amérique ou qu’un gain de souveraineté de l’Europe serait à l’œuvre derrière ce remake apparent de la « Belle Epoque » et l’entrée, au printemps 2000, dans le double millénaire. Elle a gagné en intensité depuis que la boite trumpienne de Pandore l’a déversée sur le monde. La démocratie recule. Les contre-modèles progressent, la violence et le cynisme aussi. Nous nous rapprochons, de par notre langage et nos solutions, d’un état de nature que nos démocraties croyaient consigné dans nos manuels d’histoire.

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*extrait : ”By lowering the barriers that protect state-owned industries, China is speeding a process that is removing government from vast areas of people’s lives” (traduction libre : « en abaissant les barrières qui protègent ses entreprises d’Etat, la Chine accélère le retrait du gouvernement de larges pans de la vie de sa population »), discours de Bill Clinton, 9/3/2000, Paul H. Nitze School of Advanced International Studies,  Johns Hopkins University

**Cf. tribune d’Ivan Krastev : “Biden Can’t Decide What Counts as a ‘Democracy’ “, the Ney York Times, 12/05/21.

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